Automate (protocole N°2) : documentaire perceptif sur les Halles (26')

Installation vidéo (base de donnée, logiciel, ordinateur, vidéo-projecteur) _ 2004... 2005...

Conception-réalisation : Philippe CHARLES
Développement informatique et vidéo : Julien DELMOTTE
Formalisation de l’algorithme génétique : Michel PORCHET
Designer sonore : Arnaud SALLE

I - Introduction et problematique par M.U

L’ Automate, un appareil de montage cybernétique conçu pour produire un parcours partiellement aléatoire dans un univers de plans-séquence, a été imaginé par Philippe Charles dans le cadre d'edith@paname - un projet artistique collaboratif sur la ville fondé sur la mise en commun de base de fragments vidéo/photo/son dans une base indexée (accessible depuis http://edith.paname.org).

Ce processus dynamique travaille la possibilité de nouvelles représentations de la ville directement issues de l'apparition de nouveaux modes de production-diffusion des images. Le développement d'edith@paname privilégie l'exploration et la "stimulation" de territoires en mutation (passée, en cours ou annoncée) conçus comme autant de surfaces "sensibles" - un quartier parisien multiculturel enclavé (la Goutte d'Or), une zone nodale (Les Halles), des espaces péri-urbains…

Outre les rapports connectivité-perception et mobilité-montage à travers ce processus-laboratoire, c'est aussi la question centrale de l' « autorité » et du contrôle qui émerge.

Appareil de montage hyperconnecté, "L’ Automate" concentre ces questions et les dépasse : évoluant dans un monde d'images exogènes, n'est-il  pas en définitive un monstre myope qui "échappe" à la sensibilité (et donc au contrôle) de son créateur? S'il correspond à cette nouvelle manière de "surfer" sur ce monde d'images, préfigure-t-il pour autant une nouvelle manière de se faire son cinéma? Le "film-programme" de l'ère du cinématographe et de la télévision céderait alors la place au "programme-film" à l'ère du réseau mondial… Cette seconde version de l'automate travaille cet entre-deux : le protocole n°2 vise à produire un "programme" documentaire de 26' sur les Halles.

 

II - Developpements artistiques

Le protocole N°1 de l’Automate (la maquette) consistait à produire une machine capable d’imiter un monteur. En exploitant la forme d’une dérive ou d’une errance, celle-ci interrogeait le statut de l’image et de la représentation

Alors que le protocole N°1 poursuivait à une allure parfois éfrennée le sens des images en y introduisant une série de repères (marquages graphiques, zooms jusqu’à la pixellisation, enchaînements purement rythmiques, sons machiniques), le protocole N° 2 va tenter de générer des flux d’images et de sons qui auront acquis, au terme d’un processus algorithmique, leur dynamique propre, comme une écriture qui s’auto génère.

Le quartier des Halles est un nœud urbain très particulier, qualifié souvent d’hyper centre tant il conjugue et articule des fonctions, des flux, des strates extrêmement diverses : un quartier-corps, sans cesse irrigué et irriguant, siège d’un trafic phénoménal, à la fois « centre du centre » et hyper connecté à ce qui en constitue l’extérieur, jusqu’aux périphéries les plus lointaines.

Le centre, la périphérie, les réseaux, les perméabilités, les échanges, les nœuds, les souterrains, les surfaces, les déplacements, les masses sont des réalités qui affectent le quartier des Halles d’une puissance à la fois machinique et quasi organique, et qui seront à l’œuvre dans le développement artistique de l’Automate N°2.

L’enjeu de cette production du protocole N°2 est de poursuivre le développement d’un fonctionnement autonome de la machine de montage qui le rapprochera du vivant. Le vivant (ADN) intègre des molécules comme l’automate se nourrit d’images et de sons.

L’Automate veut donner à percevoir un processus de transformation comparable au métabolisme du corps. Ce mode opératoire sera appliqué à une unité de lieu, les Halles, permettant un ancrage perceptif.

Le documentaire final permettra d’appréhender plastiquement le quartier des Halles à Paris, avec en filigrane sa transformation programmée. Ainsi la manière de traiter l’information sera radicalement différente de celle d’un documentaire traditionnel. L’Automate privilégiera une approche plastique et organique de l’information.

Elle s’effectuera sur un mode perceptif : l’image audiovisuelle « classique » est une succession de fragments extraits du réel et agencés selon un propos particulier, notamment celui du réalisateur (ou du producteur parfois). De cette manière, l’image peut prétendre rendre compte in fine d’une réalité subjective, et d’une sorte de continuité de la perception, quand bien même c’est l’éclatement du monde (espace et temps) qui est en jeu. L’Automate N°2 souhaite opérer une rupture avec ce statut d’image reflet en déplaçant les mécanismes de perception. Ici l’aspect multiple et fragmentaire du point de vue est radicalisé et affirmé. Les images, les flux vidéos, les bases de données ne sont qu’un matériau déchiqueté, déconstruit, rassemblé, ré interrogé…

Comment ?

En jouant avec la persistance rétinienne, les associations d’idées et les images fantômes subliminales,

En créant des rapprochements et des liens improbables,

En réactivant des souvenirs,

En brouillant la perception de l’objet vidéo (ou télévisuel),

En laissant s’installer une relative familiarité par l’utilisation d’une imagerie du quotidien.

 

Cette matière sera gérée littéralement comme une agglomération de flux. Ainsi seront exploités en temps réel :

La base de donnée edith en ligne http://edith.paname.org
D’autres bases de données en copyleft (Adam’s project, etc…)

Des flux vidéos de caméras de type surveillance aux Halles :centre commercial, SNCF, RATP …

Des flux vidéos de caméras de type surveillance en amont de Paris (accès gare, etc…)

Des flux d’information de type RSS (webblog du journal du Monde, etc…)

Des fonds numériques historiques sur Paris (forum des images, etc…)

 

- Un moteur de recherche textuelle sur internet : soit un générateur aléatoire de phrase après analyse des textes récoltés.

La réalisation du film s’appuiera non plus sur des plans qui impliquent in fine une problématique de coupe, mais sur des flux dynamiques d’information. Elle s’appuiera sur la création d’un algorithme génétiquequi « traitera » les chaînes filmiques premières (les fragments extraits et assemblés selon un critère aléatoire ou purement arbitraire) comme des populations ayant la capacité à se combiner et à « muter ». L’écriture artistique de l’automate consistera essentiellement à définir les règles probabilitaires de reproduction et de sélection entre les populations de films, selon les directions narratives et surtout plastiques évoquées ci-avant.

Le caractère dynamique, mouvant et itératif de cette génération de films nous conduit à privilégier, pour l’Automate N° 2, la forme du dispositif agissant en temps réel, comme un corps vivant qui se nourrit des fluxet les combine dans un même mouvement sensible.

PRODUCTION-DIFFUSION (remarque) : Précisons que la réalisation de l’Automate s’effectuera dans le cadre d’une résidence pédagogique et artistique de M.U/edith@paname, et pour la seconde année consécutive, à la Maison du Geste et de l'Image (située justement en plein cœur des Halles). La production du projet bénéficiera des facilités logistiques et techniques de l'institution, reposera en partie sur la contribution des élèves des ateliers pédagogiques animés par l'Artiste lui-même (en même temps qu'il inspirera les productions audiovisuelles issues des ateliers). A ce titre, la MGI sera le premier lieu de diffusion de l'Automate, notamment sous forme de performance machinique et filmique (elle dispose en effet d'une salle équipée et pouvant accueillir du public). Une présentation en live de l’Automate sera possible dans des festivals ou biennales d’art numérique (Némo, Villette numérique…), il est envisagé d'assurer à l'un ou plusieurs des films générés une diffusion télévisuelle (Cable-TVAdsl – ARTE) et bien sûr sur le web d’edith : http://edith.paname.org

III - développements techniques    

A - Un algorythme génétique

Globalement, le point de départ du développement du protocole n°2 est la maquette (le protocole n°1). Pour assurer la continuité et la compatibilité entre les 2 protocoles, la majeure partie de la programmation se fera sur les logiciels MaxMSP, Jitter et Soft VNS.

A la différence du protocole n°1, l’Automate sera doté d’un « cœur », en fait un algorithme génétique. L'objet de la recherche artistique est d'appliquer certaines méthodes de la vie artificielle au montage.

Le principe de fonctionnement de ce système informatique est fondé sur une modélisation de la théorie des espèces introduite par Charles DARWIN. Dans la nature, les individus d'une espèce naissent, vivent et interagissent avec leur environnement, se reproduisent et meurent. L'environnement impose des contraintes sur les individus et joue le rôle de sélection. On parle de sélection naturelle. Tous les individus d'une espèce sont différenciés. Les individus qui sont les mieux adaptés à l'environnement se reproduisent plus facilement. En se reproduisant, les individus d'une espèce transmettent aux générations futures leurs caractéristiques.

Du fragment au film...

Le principe (qui n'est qu'esquissé ici) est le suivant : chaque fragment est muni d'un "code génétique" (créé à la main dans un premier temps, éventuellement généré par la suite).

Une population de film...

Une population initiale de films constitués de 256 fragments est composée (au hasard ou selon tout autre procédé). La visibilité des fragments (A) est établie au hasard.

Fonction de "séduction"...

Chaque film ainsi composé se trouve muni d'une "fonction de séduction" qui indique sa probabilité de trouver un partenaire pour se reproduire. La REPRODUCTION est sexuée (à l’inverse du clonage qui reproduit le même code) : le code de chacun des partenaires se divise sur un code A à un numéro d’ordre F pour créer 2 nouveaux films faits de la recomposition des deux parties de codes.

Fonction limitant la population...

Des fonctions limitants la population sont mises en place, du genre :

à chaque génération la fonction de séduction des anciens diminue et tout film qui en N générations ne s'est pas trouvé de partenaire meurt. Ou alors,

une fonction indépendante de la séduction règle la capacité de survivre (un film peut être séduisant mais mourir avant de se reproduire).

 

Il est possible soit de laisser le mécanisme se développer sur un nombre donné de générations ; là le jeu s'arrête provisoirement et le film ayant la plus grande "fonction de séduction" est sélectionné (ou prélevé) ; ou de laisser le jeu tourner en permanence pour ne choisir un film qu'au moment de la projection.

ENJEUX ARTISTIQUES ET TECHNIQUES DE LA PROGRAMMATION

La population des films étant donnée au hasard, ces enjeux qui mêlent choix artistiques et contraintes techniques concernent :

la sélection des fragments initiaux (critères de recherche du matériau fragment initial)

la construction de la "fonction de séduction" et celle des critères limitant la population.

un algorithme spécifique de décision de coupe ou d’effet à l’intérieur du fragment dans la mesure ou l’algorithme génétique traite le fragment total. Comme dans le cadre de la maquette, ces fonctions  pourront être visibles à l’image par un traitement vidéo spécifique (cadrage-zoom dans l’image pour certains types de fragments) lors de la diffusion du film.

 

B– SEQUENCES DU PROCESS

Dans la logique de la constitution d’un « cœur – algorithme génétique » de l’automate N°2, les étapes du développement technique sont les suivantes :

1. Recherche et sélection des fragments initiaux (ou « population fragment » initial)

Elle sera fondée sur la détermination de critères pour chaque type de flux (base de donnée edith, images du web…) - Exemple : durée des fragments recherché et/ou durée d’exposition appliquée aux photographies sélectionnées ; requête sur moteur de recherche (selon des mots clés par exemple « Les Halles »).

2. Extraction – analyse/- et codage hexadécimal

Chaque fragment se voit attribuer un code BCDE. Pour les fragments de la base Edith une partie de l’analyse sera prise en charge par l’indexation courante. Inversement un système d’analyse automatique (notamment concernant le code D) développé pour l’automate pourra enrichir l’indexationEdith.

3. Agrégation des fragments = création d’une population « films » 

Au hasard des populations films sont créées – les fragments sont désormais codés en ABCDEF.

4. Processus itératif de sélection (reproduction/mutation/limitation)

Selon l’algorithme génétique qui pourra inclure des fonctions de traitement graphique (du type« effet-mutation », effet « vieillissement-disparition », ou effet inverse de « recadrage »…)

NB. Pendant le processus de sélection, de nouvelle recherches peuvent donner lieu à l’accroissement et au renouvellement de la population film (un peu à la manière d’un phénomène d’ouverture des frontières…).

5. Interruption ou diffusion du processus live

Détermination, programmation et intégration des critères qui président à l’interruption du processus de sélection, en vue d’une diffusion finale.



automate – protocole n°1 – présentation publique à la MGI le 14 janvier 2005